Crise pour le recyclage des plastiques : comment inverser la tendance en Belgique et ancrer durablement cette filière stratégique ?

Le recyclage des plastiques traverse une crise sans précédent. En raison des prix très bas des plastiques vierges, la demande en plastiques recyclés s’est fortement contractée, mettant sous pression les marges des entreprises de recyclage. Plusieurs acteurs ont dû réduire leur production, et dans les pays voisins, cette situation a déjà conduit à la fermeture de certaines installations de recyclage. Sans une action politique forte, la Belgique risque elle aussi de perdre sa position compétitive, avec à la clé des pertes économiques, des emplois menacés et des objectifs circulaires compromis.
Il s'agit d'un problème structurel. La surcapacité sur le marché mondial de la pétrochimie maintient les plastiques vierges à bas prix, tandis que les recycleurs européens subissent des coûts élevés d’énergie et de main-d’œuvre. Parallèlement, l’importation de plastiques recyclés bon marché et insuffisamment traçables en provenance de pays tiers perturbe encore plus le marché. L’interdiction d’exporter des déchets plastiques vers les pays non membres de l’OCDE, qui entrera en vigueur le 21 novembre 2026, accentuera encore la pression sur la capacité locale.
Cette situation crée une véritable contradiction : une surcapacité aujourd’hui, mais un risque de pénurie de capacités de recyclage d’ici 2030, lorsque le Règlement européen sur les emballages et les déchets d’emballages (PPWR) imposera un contenu recyclé minimum dans ces emballages.
Des matières premières stratégiques pour une économie circulaire
Le recyclage des plastiques doit être considéré comme un secteur stratégique. Les entreprises de recyclage produisent des matériaux essentiels à l’industrie durable de demain. La Belgique dispose d’une capacité installée d’environ 500.000 tonnes, ce qui la place parmi les huit premiers pays européens, mais cette capacité reste sous-utilisée. À l’échelle européenne, à peine 11 % de la demande totale en plastique est aujourd’hui couverte par du plastique recyclé, une part qui stagne malgré des objectifs politiques de plus en plus ambitieux.
Pour inverser cette tendance, un dialogue structurel entre autorités, secteur du recyclage et industrie est indispensable. Denuo plaide pour une approche intégrée où les entreprises de recyclage sont reconnues comme des acteurs stratégiques de l’économie belge et européenne.
Un plan d’action avec des propositions politiques ciblées
Afin de renforcer le recyclage des plastiques en Belgique, Denuo avance une série de recommandations politiques concrètes. Parmi les priorités :
Rendre les plastiques recyclés plus attractifs
Imposer une part minimale de matières recyclées dans les produits, atteignant au moins 30 % d’ici 2030.
Donner la priorité, dans les marchés publics, aux produits intégrant des matériaux recyclés.
Mettre en place un mécanisme de correction financière obligeant les producteurs de plastiques vierges à contribuer lorsque le plastique recyclé est plus cher.
Rétablir une concurrence équitable
Adapter le régime des coûts énergétiques pour que les entreprises de recyclage bénéficient des mêmes avantages que les industries à forte intensité énergétique.
Investir les revenus du système ETS dans les entreprises circulaires.
Renforcer la surveillance du marché pour éviter l’importation de plastiques non certifiés ne respectant pas les normes européennes.
Construire un terrain de jeu équitable à l’échelle européenne
Introduire une taxe à l’importation sur les plastiques vierges provenant de pays hors UE.
Stimuler les produits recyclés via une TVA verte ou un taux réduit.
Réinvestir directement les revenus de la taxe plastique européenne dans le secteur du recyclage.
Travailler avec toute la chaine de valeur
Au sein des systèmes existants de responsabilité élargie des producteurs (comme Valipac et Fost Plus), les moyens doivent être davantage orientés vers la circularité et l’innovation. Les entreprises qui mettent des emballages sur le marché ont tout intérêt à garantir la disponibilité de matériaux recyclés de qualité suffisante pour répondre aux futures obligations légales.
La Belgique, hub européen des matières premières durables
La Belgique dispose du savoir-faire, des infrastructures et des entreprises nécessaires pour jouer un rôle de pionnier dans l’économie circulaire européenne. Mais cela exige des choix politiques clairs. Denuo appelle les décideurs à reconnaître le recyclage des plastiques comme un secteur stratégique et à adopter les mesures nécessaires pour assurer son ancrage durable. Ce n’est qu’à cette condition que la Belgique pourra rester un leader de l’économie circulaire, préserver sa capacité à produire ses propres matières premières, maintenir l’emploi et atteindre ses objectifs climatiques.