Des déchets à l’eau : l'innovation circulaire flamande démontre sa valeur en période de sécheresse
Les périodes successives de chaleur et de sécheresse exercent une pression croissante sur nos réserves d'eau. À Boutersem, l'entreprise membre de Denuo, Guilliams Green Power, montre qu’une partie de la solution peut venir d’un endroit inattendu. A partir de flux résiduels organiques, l'entreprise produit non seulement de l’énergie verte et des engrais, mais aussi jusqu’à 240 000 litres d’eau par jour. Une innovation flamande, désormais protégée par un brevet, qui pourrait également être déployée à l'international, selon le CEO Rohald Guilliams.
L'eau devient une ressource de plus en plus précieuse. Cet été encore, cette réalité s'est fait particulièrement sentir. La sécheresse prolongée et les températures élevées font que les agriculteurs peuvent moins recourir aux eaux de surface, alors que c'est précisément à ces moments-là que leurs besoins en eau augmentent fortement.
Chez Guilliams Green Power, membre de Denuo, à Boutersem, on le constate directement. Durant les récentes périodes de sécheresse, la demande pour l'eau produite par l'entreprise aurait été multipliée par dix, selon ses propres termes. Chaque jour, plusieurs agriculteurs et entreprises se présentent.
Et cette eau provient d'une source que l'on n'associe généralement pas du tout à la production d'eau : les déchets organiques et le lisier.
Un seul flux de déchets, plusieurs nouvelles matières premières
Guilliams Green Power traite chaque année environ 90 000 tonnes de flux résiduels organiques, dont des restes alimentaires et du lisier de porc. Ce qui était autrefois considéré comme un déchet est transformé, étape par étape, en de nouveaux produits.
La digestion anaérobie permet d’abord de produire du biogaz, à partir duquel de l’électricité verte est générée. Les matières restantes sont ensuite valorisées davantage, ce qui permet notamment de récupérer des engrais organiques.
Mais l'histoire ne s’arrête pas là.
L’eau présente dans ces flux organiques est elle aussi récupérée. Grâce à une combinaison d'épuration biologique des eaux, d’ultrafiltration et d'osmose inverse, les matières en suspension, les nutriments et les sels sont éliminés. Ce qui subsiste au final, c'est une eau propre, apte au rejet. Guilliams en réutilise une partie sur son propre site. Le reste de l'eau peut, en périodes de sécheresse, être utilisé notamment par des agriculteurs et sur de grands chantiers.
L’installation peut ainsi produire jusqu’à 240 000 litres d’eau par jour.
L’économie circulaire devient soudain particulièrement concrète
L’exemple de Boutersem illustre bien ce dont il s'agit finalement dans l'économie circulaire : tirer un maximum de valeur des matières premières déjà présentes dans notre économie.
Ici, un flux de déchets organiques n'est pas simplement traité ou éliminé. Le carbone est valorisé pour produire de l'énergie renouvelable. Les nutriments sont récupérés pour être utilisés comme engrais. Et même l'eau présente reçoit une nouvelle destination.
Le traitement des déchets devient ainsi une production de matières premières.
C’est précisément cette transition dont la Flandre a besoin. Non seulement parce que les matières premières se raréfient, mais aussi parce que le changement climatique nous oblige à porter un regard différent sur des ressources que nous avons longtemps considérées comme allant de soi. L’eau en fait incontestablement partie.
Une technologie flamande aux perspectives internationales
Guilliams Green Power développe et perfectionne son procédé d'épuration des eaux depuis déjà plusieurs années. La technologie permettant de transformer des déchets biologiques en eau apte au rejet fait désormais également l'objet d'une demande de brevet international déposée par l'entreprise.
Le CEO Rohald Guilliams entrevoit dès lors des possibilités qui vont bien au-delà du seul site de Boutersem.
« Ce que nous faisons ici peut parfaitement être déployé en Belgique, en Europe ou dans le monde entier. »
Cette ambition n'a rien d'illogique. La sécheresse et la pénurie d'eau ne sont plus, depuis longtemps, un problème exclusivement sud-européen. Parallèlement, l'agriculture, l'industrie alimentaire et d'autres activités économiques génèrent d'importantes quantités de flux résiduels organiques dans lesquels subsistent de l'eau et des nutriments précieux.
Une technologie qui relie ces deux défis mérite donc toute notre attention.
La Flandre peut en être fière
En Flandre, nous parlons souvent de la nécessité d’innover, de boucler les cycles de matières premières et de rendre notre économie plus résiliente face au changement climatique. À Boutersem, cela se concrétise déjà aujourd'hui.
Guilliams Green Power démontre que les entreprises de gestion des déchets et de recyclage sont bien plus que le maillon final de notre économie. Elles peuvent devenir les productrices des matières premières, de l'énergie et de l'eau de demain.
Qu’une entreprise flamande développe elle-même une telle technologie, investisse dans des applications industrielles et souhaite ensuite déployer ce savoir-faire à l’international, voilà de quoi être fiers.
Le défi consiste désormais à faire en sorte que ce type d'innovations dispose également de l'espace nécessaire pour continuer à se développer.
Car lorsque, lors d'un prochain été sec, la question se posera à nouveau de savoir où trouver suffisamment d'eau, une partie de la réponse se trouve peut-être déjà sous nos yeux.
Ou plutôt : dans les flux que nous appelions encore des déchets hier.