La fast fashion fragilise la récupération textile : que peut faire la Belgique ?

Le secteur belge de la récupération textile traverse une période difficile. La valeur marchande des textiles non triés a chuté de plus de 40 %, des entreprises de recyclage ferment leurs portes et des solutions durables tardent à émerger. La responsabilité élargie du producteur (REP) est souvent présentée comme la solution miracle, mais elle ne suffira pas à elle seule. Que faut-il vraiment pour rendre notre chaîne textile plus circulaire ?
La fast fashion affaiblit la filère de seconde main
Le secteur européen de la récupération textile est en pleine crise. L’essor de la fast fashion ultra bon marché nuit à la qualité des vêtements de seconde main. Ces articles peu durables sont souvent inutilisables pour la réutilisation ou le recyclage.
L’exportation de vêtements de seconde main est elle aussi mise à mal : la fast fashion envahit aujourd’hui les marchés africains parmi lesquels elle concurrence directement les textiles européens d’occasion. La guerre en Ukraine a aggravé la situation, notamment par la perte de débouchésvers la Russie et l’Ukraine. Résultat : depuis début 2023, la valeur des textiles non triés a chuté de plus de 40 %.
Des faillites en Belgique et à l’étranger illustrent la gravité de la situation. Sans intervention rapide, le secteur risque tout simplement de s’effondrer.
La REP : une mesure nécessaire mais insuffisante
L’instauration d’une responsabilité élargie du producteur (REP) est souvent évoquée comme solution. Ce système oblige les producteurs à prendre en charge la phase de fin de vie de leurs produits. Mais il ne permettra pas, à lui seul, de sortir le secteur de la crise.
Le cadre juridique de la REP est fixé par la législation européenne sur les déchets. Il ne permet pas, par exemple, d’imposer des exigences en matière de conception de produits (écoconception). La marge de manœuvre pour encourager des modèles plus circulaires reste donc limitée.

Quelles mesures supplémentaires faut-il prendre ?
Pour une véritable circularité dans la filière textile, des actions complémentaires sont nécessaires. Denuo propose quatre priorités :
Agir maintenant. Lancez dès que possible une REP pour le textile en Belgique. D’autres États membres montrent que cela peut se faire sans attendre 2028. Évaluez également les mécanismes d’aide d’urgence pour soutenir temporairement le secteur. Si le système s’effondre, le coût de la reconstruction sera bien plus élevé.
Créer une demande pour les fibres recyclées. Ce n’est qu’en stimulant la demande qu’on encouragera les investissements dans le tri et les technologies de recyclage. La Belgique peut jouer un rôle moteur dans les négociations sur le règlement Ecodesign for Sustainable Products Regulation (ESPR). Une approche « start low but fast » est essentielle pour embarquer tous les acteurs.
Protéger le marché belge et européen. Renforcez les contrôles sur les flux d’importation non durables et les pratiques de marketing trompeuses. Des modèles économiques comme Shein ou Temu ne sont plus tenables. Reconsidérez également l’exemption de TVA sur les colis e-commerce de moins de 150 euros.
Sensibiliser le grand public. Trop peu de consommateurs comprennent l’impact de leurs choix. Il est urgent de sensibiliser via des campagnes, des programmes éducatifs et d’autres canaux sur le véritable coût de la fast fashion.
Retrouvez tous les détails dans notre note de position : REP Textile
Ne laissons pas passer cette crise !
Le secteur est en difficulté mais les bases d’une chaîne textile circulaire existent déjà. Utilisons la REP pour ce qu’elle est : un outil de transition. Et mettons en place un cadre plus large qui encourage l’écoconception, qui garantit une concurrence équitable et qui mise sur la sensibilisation. C’est le seul moyen d’éviter que le recyclage durable ne reste marginal dans un marché textile encore trop linéaire.