Le secteur du recyclage des plastiques sous pression : des mesures urgentes s’imposent pour éviter une perte de compétitivité

Le recyclage des plastiques en Belgique, et plus largement en Europe, se trouve à un tournant décisif. Alors que les ambitions politiques restent axées sur la circularité et la neutralité climatique, les entreprises de recyclage risquent de sombrer sous la pression économique structurelle. La combinaison de prix exceptionnellement bas pour les plastiques vierges, de coûts élevés de l’énergie et du travail, ainsi que de l’absence de mesures politiques efficaces, rend la situation critique. Si aucune mesure corrective n'est prise, les fonds investis risquent de s'envoler vers l'étranger et l'infrastructure de recyclage constituée au fil des années risque d'être irrémédiablement démantelée.
Des plastiques vierges à bas prix faussent le marché
La concurrence entre plastiques vierges et recyclés est structurellement inéquitable. Les entreprises de recyclage doivent respecter des normes environnementales européennes strictes, tout en faisant face à des coûts énergétiques et salariaux élevés. À l’inverse, les plastiques vierges sont souvent produits à partir de matières premières fossiles, dans des pays hors UE où les conditions de production sont moins coûteuses et fréquemment subventionnées.

Il s’agit en réalité d’une comparaison biaisée, où les bénéfices environnementaux du recyclage ne sont pas pris en compte dans la formation des prix, plaçant ainsi les matériaux recyclés systématiquement en position de faiblesse.
Une pression de liquidité critique : « il est moins une »
Ces derniers mois, plusieurs entreprises de recyclage ont tiré la sonnette d’alarme, indiquant que leurs coûts opérationnels deviennent intenables. Le deuxième trimestre de 2025 s’annonce particulièrement désastreux sur le plan financier pour une partie du secteur. Certaines entreprises envisagent déjà de délocaliser leurs installations vers des marchés plus avantageux.
Si cela devait se produire, la Belgique risquerait de perdre une part importante de sa capacité de recyclage — une perte probablement irréversible. L’ambition de faire de la Flandre un hub circulaire serait alors sérieusement compromise.

Des mesures urgentes s’imposent
Bien que des solutions structurelles restent nécessaires à moyen et long terme, des mesures immédiates sont cruciales pour assurer la survie des entreprises de recyclage des plastiques. Une réduction temporaire des coûts énergétiques, par exemple via des mécanismes de compensation ciblés, constituerait une première étape pour alléger la pression sur la trésorerie. Elle offrirait non seulement un répit financier, mais aussi un signal clair de reconnaissance et de soutien envers le secteur.
Un appel à une politique cohérente sur le long terme
La Belgique et l’Europe affichent des objectifs ambitieux en matière de circularité, de réduction des émissions de CO2 et de réutilisation des matériaux. Sans un secteur du recyclage solide et résilient, ces objectifs resteront hors de portée. Une politique cohérente doit donc passer par une protection du secteur contre les distorsions de marché externes et les désavantages concurrentiels internes.
Des règles stables et contraignantes sont également essentielles pour garantir la sécurité des investissements. La récente décision d’interdire les exportations de déchets plastiques hors UE crée des opportunités pour le recyclage local, mais uniquement si cette politique est maintenue dans le temps. Un revirement dans quelques années éroderait la confiance du secteur et freinerait les investissements nécessaires. La certitude à long terme est indispensable pour permettre la montée en puissance et l’ancrage régional des capacités de recyclage.
Denuo appelle, avec ses membres et ses partenaires européens, à un dialogue rapide avec les autorités régionales et fédérales. Le secteur du recyclage a investi depuis des années dans l’innovation, le traitement durable et la création d’emplois. Ces efforts ne peuvent être réduits à néant par un manque de réactivité en période de crise.