Pas d'économie circulaire sans traitement final sécurisé : pourquoi les « safe sinks » restent essentiels

L'Europe et la Belgique s'engagent pleinement en faveur d'un renforcement du recyclage et de la réutilisation. Mais qu'en est-il des matériaux qui n'ont plus leur place dans le cycle de vie ? Des PFAS à l'amiante : nous voulons justement éliminer ces substances de notre société. Cela met en évidence une tension fondamentale. Car comment rendre une économie circulaire viable si tout ne peut pas l'être ? La réponse réside dans un maillon souvent oublié de la chaîne : les « safe sinks » qui sont nos exutoires finaux sécurisés. Mais ceux-ci sont aujourd’hui sous pression. Il est temps d’attiser le débat.
Tension croissante entre l'économie circulaire et le traitement final
L'ambition de la Belgique et de l'Europe est claire : maintenir les matériaux en circulation le plus longtemps possible. Mais parallèlement, les substances nocives doivent également être retirées plus rapidement de la circulation. Une ambition renforcée par des objectifs en matière de qualité de l'eau, du sol et de la santé.
Cette double ambition se heurte à la réalité. En effet, les flux de déchets contiennent également des substances issues du passé que nous ne souhaitons plus utiliser aujourd’hui. Pensons notamment à l’énorme héritage de l’amiante mais aussi à la contamination par les PFAS.
Le secteur des déchets et du recyclage joue ici un rôle de filtre : ce qui est encore utilisable est réintroduit dans l'économie. Le reste, les résidus comme on les appelle dans le secteur, doit être éliminé en toute sécurité. Et c'est précisément là que le bât blesse.
Le filtre fonctionne mais il a besoin d'un exutoire final
Même les processus de recyclage les plus performants produisent des résidus. Il s'agit de matières qui ne peuvent plus être recyclées pour des raisons techniques et/ou économiques, qui sont trop polluantes ou qui présentent un risque pour l'homme et l'environnement.
Denuo souligne donc qu'une économie circulaire solide ne peut se passer d'un traitement final sûr. Les « safe sinks », tels que les incinérateurs spécialisés et les décharges, ne constituent pas une alternative au recyclage mais bien un complément nécessaire. Ils garantissent que les substances non réutilisables, non recyclables et nocives disparaissent définitivement du cycle et contribuent ainsi à la qualité des matériaux recyclés.

Cette réalité exige des choix clairs. Si nous voulons que l'économie circulaire fonctionne dans la pratique, nous devons également reconnaître que tout ne trouve pas sa place dans ce cycle. Le débat ne doit donc pas se limiter à un simple accroissement du recyclage mais doit également porter sur la manière dont nous traitons ce qui en est exclu. Dans cette optique, Denuo met en avant un certain nombre de priorités politiques concrètes visant à ancrer structurellement le traitement final sûr dans le système.
Veillez à disposer d'une capacité suffisante en « safe sink »
Une première priorité est de disposer d'une capacité suffisante pour le traitement final. L'hypothèse selon laquelle une diminution des déchets entraîne automatiquement une baisse des besoins en traitement final est erronée. En effet, un recyclage accru génère également davantage de résidus qui ne peuvent plus être recyclés.
C'est pourquoi Denuo plaide en faveur d'une politique réaliste qui reconnaisse qu'un certain volume de traitement thermique et de mise en décharge reste nécessaire. Sans cette capacité, le problème se déplace simplement vers d'autres régions ou un goulot d'étranglement se crée dans la chaîne.
Définissez les conditions pour le traitement final
Les « safe sinks » doivent répondre aux normes de qualité les plus strictes. Il s'agit d'installations spécialisées qui garantissent la destruction ou l'isolation effective des substances nocives, sans risque pour l'homme et l'environnement.
Denuo demande donc que soient définis des critères clairs permettant de déterminer quels flux de déchets peuvent être pris en compte pour le traitement final. Ces critères doivent reposer sur trois principes :
non recyclabilité
nocivité
forte contamination

Mettre l'accent sur la performance plutôt que sur la simple réduction des effectifs
Au lieu d'une réduction généralisée des capacités de traitement final, Denuo plaide en faveur d'une politique axée sur la performance. Il convient d'encourager les installations qui obtiennent de meilleurs résultats en matière d'impact climatique, d'efficacité énergétique et de récupération des matériaux. Cela permettra de mettre en place un système qui récompense l'innovation et améliore continuellement le secteur. Se concentrer uniquement sur une réduction sans distinction risque justement de compromettre les investissements et de retarder la réalisation des ambitions en matière d'économie circulaire.
Intégrer les « safe sinks » dans la législation environnementale
Enfin, Denuo demande que les « safe sinks » soient explicitement inscrits dans la législation environnementale. Cela ne signifie pas que le principe de la hiérarchie des déchets soit abandonné mais bien que l'on reconnaisse que les solutions de fin de cycle sûres constituent un élément structurel du système. Une base juridique claire garantit la sécurité juridique des investissements et permet d'assurer cette capacité à long terme.
Un point de chute final reste néanmoins un maillon essentiel
La conclusion est claire : ceux qui misent sur une circularité maximale doivent également investir dans ce qui ne relève pas de celle-ci. Les « safe sinks » ne constituent pas une catégorie résiduelle mais un élément essentiel d'un système qui fonctionne bien. Sans points de sortie sûrs, il n'y a pas de confiance dans le recyclage. Et sans confiance, il n'y a pas d'économie circulaire viable.